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PAROLE D'EXPERT : VIRGINIE D'ENFERT REPOND A 6 QUESTIONS SUR LE PLASTIQUE DANS LES EMBALLAGES

Virginie d'Enfert, Directrice des Affaires Environnementales, Economiques et Internationales de la FEBEA, nous apporte des réponses sur l'utilisation du plastique dans les emballages de cosmétique.

Les formules ou les emballages cosmétiques contiennent-ils aujourd’hui moins de plastique ? et plus de plastiques recyclables ?

La réponse est oui sur les deux points. Depuis plusieurs années, le secteur cosmétique a entrepris une démarche d’éco-conception des formules et des emballages, pour limiter l’impact sur l’environnement tout au long du cycle de vie du produit, de la conception au recyclage. Même si les emballages des cosmétiques représentent seulement 2 % des 5 millions de tonnes d’emballages mis sur le marché en France chaque année, nos entreprises portent à ce sujet une attention importante. Et la problématique des plastiques en fait naturellement partie.

Dès 2013 des initiatives volontaires ont émergé pour supprimer les microbilles de plastique des formules des produits rincés à usage d'exfoliation et de nettoyage, tels que les gommages par exemple. C’est donc, bien avant la loi française de 2016 qui les a interdit, et bien que ces microbilles de plastique constituaient une très faible part de l’ensemble des déchets plastiques marins – évaluée entre 0,01% et 1,5% - elles ont été remplacés par des alternatives naturelles et biodégradables.  

Cet engagement volontaire de la cosmétique française n’est heureusement pas isolé, puisque  l’utilisation des microbilles de plastique a drastiquement diminué de 82% entre 2012 et 2015, sur le territoire européen, selon une enquête de Cosmetics Europe.     

Concernant les emballages, comment agir ? En repensant la taille et le poids des flacons et des pots en plastique et en favorisant des plastiques recyclables. Peut-être n’est-ce pas toujours frappant à l’œil, car la réduction de la taille et du poids doit toujours s'accompagner d'un nouveau design pour que les emballages restent esthétiques et pratiques. Ce sont des emballages dont on attend en effet une certaine sensorialité et qui restent longtemps exposés dans la salle de bain. Les plastiques ont aussi été utilisés à la base pour protéger la formule contenue à l’intérieur. Des efforts très importants sont faits : alléger, épurer, simplifier, tant au niveau R&D que marketing.

 

Les emballages issus de plastiques recyclés se développent-ils ?

Bien entendu, c’est une des voies très importantes de développement et le secteur s’y attelle. Les emballages ne sont cependant pas tous issus de plastiques recyclés car il y a encore certains freins à lever. Les entreprises ont besoin d’une matière première entièrement traçable de qualité dite de « contact alimentaire », c’est-à-dire qui ne contamine pas le produit. Pour le moment, il n’y en a pas assez pour couvrir tous les besoins du marché. En outre, il faut assurer encore souvent une transparence de l'emballage pour voir le produit, et le plastique recyclé ne le permet pas, avec souvent des résultats grisâtres. Enfin, il faut assumer, pour les fabricants et les consommateurs, que cela coûte 10% voire 20% plus cher que la matière vierge. Il est donc nécessaire que chacun prenne conscience de cet enjeu. Consommer moins et mieux !

Heureusement, les entreprises du secteur cosmétique poursuivent leur démarche d’amélioration et s'engagent dans le cadre de la Feuille de Route Economie Circulaire fixée par le gouvernement pour augmenter la part de plastiques recyclés dans les emballages.

 

Conçoit-on aussi des plastiques bio-sourcés ou issus du végétal ?

Cela se développe mais il y a toujours la contrainte réglementaire de traçabilité dite de qualité alimentaire. Il est essentiel que le plastique d’origine végétale puisse permettre la bonne conservation de la formule cosmétique. C’est évidemment très important puisqu’il est appliqué sur la peau ou les cheveux. Cette alternative du végétal est intéressante mais ne doit pas  concurrencer d’autres besoins de culture agricole (maïs, blé…), pour nourrir les humains ou les animaux.

Quant aux autres matériaux, le verre est lourd et n’est pas adapté à tous les produits de la salle de bain, cela peut être dangereux par exemple sur un rebord de baignoire s’il se casse. Ce n’est pas la même problématique avec les parfums que l’on conserve plus précieusement. S’agissant du carton, cela n’est pas possible pour des formules fluides et liquides.

La problématique qualité / sécurité / coût n’est pas évidente à résoudre. Il faudra de la matière grise, des équipes R&D, des personnes très engagées, pour continuer d’innover.

 

Quels sont les efforts faits par les entreprises pour le tri, la collecte et le recyclage des plastiques ? Et que peuvent / doivent faire les consommateurs de leur côté ?

On a parlé de l’éco-conception des formules et des emballages, pour qu’en amont, on utilise moins de matière première et donc moins de plastique. L'enjeu  de l’aval est tout aussi important !

Comme toutes les entreprises en France, les cosmétiques versent une éco contribution à CITEO pour financer la collecte et le tri des emballages auprès des collectivités locales. Par ailleurs, certaines marques mettent en place des systèmes de collecte des emballages en magasins ou la mise en place de produits rechargeables. Cela fonctionne mais il reste encore beaucoup à faire.

A la maison, ce sont les emballages cosmétiques qui sont les moins bien triés ! La FEBEA a réalisé en partenariat avec CITEO, la campagne de pédagogie Keskistri à ce sujet, pour mettre l’emphase sur le tri dans la salle de bain et en faire un geste fun de la routine beauté. Egalement, on peut rapporter ses flacons et les emballages de ses produits de soin dans les magasins. Mais aujourd’hui, il n’y a pas assez de matière collectée !

Quant aux recharges, c’est une dynamique intéressante pour réduire l’utilisation du plastique dans les emballages. A condition que le conditionnement initial, plus lourd et plus cher, soit bien utilisé plusieurs fois. Pour la vente en vrac, qui est une autre piste de solution, elle est réservée à certains types de produits, en raison de normes sanitaires et de conservation à respecter, et ne peut donc pas s’appliquer à tous les produits cosmétiques. Cela reste aussi un geste que tous les consommateurs ne sont pas prêts à faire.

Le recyclage est absolument crucial pour progresser. Il existe des modes de collecte, et des plateformes qui déconditionnent et recyclent aussi les cosmétiques invendus (emballage et produit). Mais la création de filières de tri et de recyclage est nécessaire pour les résines qui n'ont pas de débouchés aujourd'hui.

En résumé, au global, face à l’enjeu de société, on voit bien que tous les acteurs doivent se mobiliser pour accélérer : citoyens, entreprises, collectivités locales, recycleurs… avec de nouveaux gestes, usages et solutions.

 

Justement, quels exemples de solutions ou orientations innovantes pour encore progresser ?

Diminuer l’utilisation de matières plastiques vierges, développer le végétal, concevoir des formules plus concentrées pour des emballages réduits, recourir aux recharges, aux formes solides aussi, créer de nouvelles filières de tri etc. On peut ajouter l’innovation avec de nouvelles résines.

La FEBEA a publié un livre blanc sur l’« Economie circulaire, 120 bonnes pratiques du secteur cosmétique », dans lequel sont recensés beaucoup d’exemples qui montrent concrètement les progrès et font découvrir des initiatives souvent peu connues. 

J’attire l’attention sur l’une d’entre elles en particulier : L'Oréal a récemment co-créé avec Quantis, entreprise leader en conseil environnemental, l'Initiative SPICE (Sustainable Packaging Initiative for Cosmetics) pour accélérer  l'utilisation de l’emballage durable et la réduction de  l'empreinte environnementale des emballages cosmétiques, grâce à un travail commun entre plusieurs acteurs. Déjà 11 entreprises s’y sont associées, c’est le signe d’une nouvelle intelligence collective à l’œuvre.

 

Et pourquoi pas le zéro déchet ?

Le zéro déchet, même s'il est concrètement difficile à atteindre de façon universelle est une grande idée et doit sous tendre la transformation des modes de vie et de l'innovation industrielle. Il reste à inventer de nouveaux modèles. Le changement sera sans doute contraignant car il impliquera notre façon de vivre : consommer moins, de manière plus raisonnée, pour utiliser moins de ressources et réduire l’impact environnemental. Mais je crois fondamentalement que nous pouvons encore plus allier beauté et sobriété. C’est tout l’enjeu et peut-être la solution !

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