Réunissant des experts de différents horizons, l'événement a permis de mettre en lumière les leviers d'une cosmétique plus durable, capable d'allier performance, innovation scientifique et préservation des ressources naturelles.
LES ENJEUX DE LA BEAUTÉ DURABLE, OÙ EN EST LE SECTEUR ?
À l'ouverture de cette matinée d'échanges organisée en partenariat avec Marie Claire, Céline Meier et Marine Binckli ont rappelé les attentes croissantes des consommateurs : des produits toujours aussi efficaces, sûrs, accessibles et agréables à utiliser, tout en réduisant leur impact environnemental. Face à ce défi, le secteur cosmétique mobilise la science, l'innovation et l'ensemble de ses chaînes de valeur pour concilier performance, durabilité et préservation du vivant.
Protéger le vivant, c'est aussi protéger la capacité même de notre secteur à innover, à produire et donc à se développer. - Marine Binckli, FEBEA
Des biotechnologies aux pratiques agricoles plus durables, en passant par la chimie verte et l'information des consommateurs, les solutions émergent à la croisée des expertises. Un enjeu majeur pour un secteur profondément dépendant de la biodiversité et des ressources naturelles, qui doit aujourd'hui réussir à concilier nature et technologie, efficacité et sobriété, désirabilité et durabilité.
LA BEAUTÉ DURABLE, UNE REVOLUTION SYSTÉMIQUE
La beauté durable ne se joue pas uniquement dans la composition des produits, mais tout au long de leur cycle de vie.
Lors de son intervention, Stéphanie Johann, consultante chez Quantis, a rappelé que l'impact environnemental d'un cosmétique se situe aussi dans son utilisation quotidienne, de l'eau nécessaire au rinçage jusqu'à sa fin de vie. Face aux effets déjà visibles du changement climatique sur les matières premières et les chaînes d'approvisionnement, l'ensemble du secteur est appelé à repenser ses pratiques.
La beauté durable, ce n’est pas un renoncement à la routine du matin. Bien au contraire, c'est la garantie qu'elle puisse continuer à exister demain, mais en mieux. - Stéphanie Johann
Pour relever ce défi, l'industrie s'appuie sur la coopération entre acteurs, l'innovation scientifique et l'éco-conception afin de développer des produits toujours plus performants et respectueux de l'environnement, tout en répondant aux attentes croissantes des consommateurs.
A SCIENCE AU SERVICE D’UNE BEAUTÉ DURABLE ET PERFORMANTE
Réunissant Delphine Huc-Mathis (AGROPARISTECH), Annabelle Tratapel (LA ROSÉE) et Jean-Charles Lhommet (L’OCCITANE), les échanges ont mis en lumière le rôle clé des biotechnologies, de la chimie verte et de l’éco-conception dans la transformation du secteur.
De la valorisation de coproduits agricoles à l’optimisation des procédés de fabrication, les innovations se multiplient pour préserver les ressources naturelles tout en garantissant la sécurité et la performance des produits. Les intervenants ont également souligné l’importance de mesurer l’impact environnemental à chaque étape du cycle de vie, du « champ à la peau », grâce aux analyses de cycle de vie et à la collecte de données.
Un constat partagé : l’avenir de la beauté durable reposera sur une meilleure compréhension du vivant, l’innovation scientifique et la coopération de l’ensemble du secteur pour proposer des produits toujours plus performants et respectueux de l’environnement.
REGARDS CROISÉS : LE DÉSIR, ENJEU DE LA BEAUTÉ DURABLE
Et si la sobriété devenait source d’inspiration ? Sarah Laurier (Groupe IFOP), Nicolas Bonneville (DSM-FIRMENICH) et Armel Yver (KENZO Parfums) ont croisé leurs regards autour de cette question, en explorant la place du désir dans les nouveaux récits de la beauté durable.
Les échanges ont montré que la sobriété s’installe progressivement dans les usages, mais sous une forme nouvelle. Les consommateurs recherchent des produits plus responsables, tout en restant exigeants sur la performance, la sensorialité et l’expérience. Comme l’a souligné Sarah Laurier, « le désir se construit aujourd’hui davantage dans l’intensité et l’émotion que dans l’accumulation ».
Dans l’univers du parfum, cette évolution s’accompagne d’une profonde transformation des métiers. Nouvelles technologies d’extraction, upcycling et biotechnologies ouvrent de nouvelles perspectives créatives tout en répondant aux enjeux de durabilité. Pour Nicolas Bonneville, « ce qui peut apparaître comme une contrainte devient souvent une opportunité d’élargir notre palette olfactive ». Un constat partagé par Armel Yver, qui rappelle que « le parfum se situe à la croisée de la science et de l’émotion ».
Loin d’opposer plaisir et responsabilité, les intervenants ont montré que la beauté durable invite à réinventer les imaginaires, les usages et les récits de marque. Une manière de continuer à faire rêver les consommateurs tout en intégrant les enjeux environnementaux au cœur de l’innovation.
LA SCIENCE COMME ALLIÉE DU VIVANT
De l’amont agricole aux biotechnologies, Edwige Ranouille (GREENTECH), Maud Reboul (Aroma-Zone) et Ana Kljiuc (L’Oréal) ont exploré les solutions permettant de sécuriser les ressources tout en réduisant l’empreinte environnementale des produits cosmétiques.
Les intervenantes ont souligné le rôle clé des biotechnologies, de l’agroécologie et de l’analyse du cycle de vie pour produire autrement. Cultures en environnements contrôlés, valorisation des coproduits, agriculture régénérative ou encore développement de nouvelles voies de production permettent de mieux préserver les ressources naturelles tout en garantissant la qualité, la disponibilité et la performance des ingrédients.
Comme l’a rappelé Maud Reboul, « la solution est autant dans les champs que dans les laboratoires ». Un constat partagé par Ana Kljiuc, pour qui « notre responsabilité est de faire travailler ensemble l’ensemble de l’écosystème de l’innovation ». Les échanges ont également mis en avant l’importance de la traçabilité, de la transparence et de la collaboration entre producteurs, fournisseurs et industriels pour accélérer la transition du secteur.
Une conviction commune s’est dégagée : face à la raréfaction des ressources et aux défis climatiques, l’innovation durable passe autant par les avancées scientifiques que par la transformation des filières agricoles et des chaînes de valeur.
MIEUX COMPRENDRE POUR MIEUX CHOISIR
Face à la multiplication des labels, pictogrammes et allégations environnementales, Carole Guillemot (ECOCERT), Muriel Buiatti (INTERPARFUMS) et Nolwenn Dulaz (Marie Claire) ont apporté leurs éclairages sur les outils qui permettent aux consommateurs de mieux comprendre l’impact des produits cosmétiques.
Les échanges ont rappelé l’importance de distinguer labels, logos et scores environnementaux. Comme l’a souligné Carole Guillemot, « derrière un label, il y a un cahier des charges public et une vérification indépendante ». Les intervenantes ont également insisté sur la nécessité d’évaluer les produits de manière globale, en tenant compte de l’ensemble de leur cycle de vie plutôt que d’opposer systématiquement naturel et synthétique ou verre et plastique.
Pour Muriel Buiatti, « le rôle des marques est de rendre l’information accessible, compréhensible, comparable et vérifiable ». Un enjeu essentiel dans un contexte où les consommateurs recherchent des repères fiables sans pour autant devenir des experts.
Les médias ont aussi un rôle clé à jouer dans cette pédagogie. Comme l’a rappelé Nolwenn Dulaz, « la sécurité, l’efficacité et la durabilité doivent avancer ensemble ».
Au-delà des tendances, les intervenantes ont défendu une approche fondée sur la transparence, la confiance et des choix de consommation plus éclairés, où le produit le plus durable reste avant tout celui qui répond réellement aux besoins de chacun.
Au fil des échanges, une conviction s'est imposée : la beauté durable ne repose pas sur une innovation unique, mais sur la complémentarité des approches. Biotechnologies, agroécologie, éco-conception, nouvelles attentes des consommateurs ou encore transparence des informations participent à une même dynamique : construire une industrie cosmétique toujours plus performante, désirable et respectueuse des ressources.