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Interview du Pr Bernard Andrieu

Ce n’est pas qu’une simple sensation, le bien-être du corps apporte systématiquement un sentiment global de mieux-être.

Les relations corps et esprit n’ont cessé d’évoluer depuis le début du siècle et s’inscrivent à présent dans une nouvelle tendance. Bernard Andrieu, philosophe spécialiste du corps et des pratiques corporelles, revient sur les nouvelles attentes des consommateurs, qui apportent une importance croissante à l’expérientiel et au sensoriel.

 

1/ Comment ont évolué les rapports entre l’entretien du corps et la recherche de bien-être ?

On observe une réelle rupture avec les années 80 où l’on investissait davantage « la surface du corps ». En effet, nous ne sommes plus dans les tendances corporelles de l’hygiénisme et du bodybuilding qui ont marqué  ces décennies.  

Aujourd’hui, de nouveaux profils de consommateurs émergent, qui recherchent davantage la sensation de bien-être à travers la profondeur du corps, l’éveil des sens: le soin de la peau, le parfum, le massage et « l’activation intérieure du corps », via le yoga ou la méditation.

Il y a donc une opposition entre ceux qui continuent leur quête de bien-être dans l’apparence et les autres qui cultivent une dimension plus fondamentale et écologique du corps. Ces derniers essayent de reconstruire une beauté extérieure à partir du bien-être intérieur.

 

2/ Comment expliquer ce phénomène que vous caractérisez d’écologisation du corps ?

La crise économique et la prise de conscience liée à l’urgence climatique ont largement influencé les consommateurs dans leur recherche d’un processus d’écologisation de leur propre corps.

Avant, cela passait par l’envie de s’isoler à la campagne ou dans des lieux considérés comme « purs », pour sortir de l’urbanisation et de la sphère industrielle.

Aujourd’hui, pour éviter de « subir » cet environnement, la quête de bien-être et d’écologisation du corps passe par la pratique du yoga, la méditation, la pratique du sport et de la course, mais également par toute expérience susceptible d’être source de bien-être.

Cette nouvelle philosophie du corps renouvelle ainsi la relation qu’entretiennent les consommateurs avec les produits cosmétiques et leurs usages. Ils vont associer un produit avec un certain type d’expérience de bien-être. Nous nous inscrivons à ce titre presque dans une fétichisation du produit qui procure du bien-être au corps.

On passe d’une logique de protection du corps à une logique d’activation du corps.

Alors que nombre de Français ne peuvent se permettre, par manque de temps ou d’argent, d’avoir accès à ces programmes, ils doivent pouvoir se retourner vers les produits, pour les accompagner dans cette écologisation du corps.

 

3/ Quel rôle peuvent jouer les entreprises du secteur cosmétiques en ce sens ?

Les Français ont un usage des produits beaucoup plus sensoriel et intime qu’il faudrait davantage révéler.

Ils cherchent une autre façon de percevoir leur corps à travers l’expérience. Ils souhaitent aller vers un usage du corps vivant : un corps qui peut nous surprendre en faisant émerger des perceptions inédites. C‘est ce que doit apporter la pureté et l’intensité du produit.

Or, les efforts de communication et de marketing du secteur sont fortement axés sur l’origine et la composition du produit.

Selon moi, le message de fond devrait évoquer la contribution du produit au bien-être intérieur pour répondre à la question: comment les consommateurs utilisent les produits et comment peuvent-ils réveiller quelque chose en eux?

Le secteur vend un imaginaire, un univers, mais devrait mettre plus largement en perspective la contribution de cet imaginaire au bien – être intérieur de la personne via l’expérience sensorielle singulière produit.

Il faut donc aller au-delà de la labellisation des produits, pour offrir aux consommateurs une promesse sensorielle, une immersion dans les produits, pour faire émerger une émotion venant de l’intérieur du corps. 

 

Pr. Bernard Andrieu
Philosophe

Staps Université Paris Descartes
Directeur de l’EA 3625 TEC «  Techniques et Enjeux du corps »
Coordonnateur du GDRI 836  CNRS BE-PASA- Body Ecology by Physical, Adapted & Sport Activity
Associé à l’UMR 7268 ADES CNRS AMU/EFS

 

 

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