CONTACTEZ-NOUSSuivez-nous 

Vous êtes ici

Le parfum, fruit d’une longue chaîne humaine par B.Romagné

Acte 1 : les paysans, premiers artisans du parfum

De la Tunisie à la Turquie en passant par l’Inde, les Comores jusqu’à l’Indonésie, des milliers de famille élèvent les plantes à parfum. Les premiers chapitres de l’histoire du parfum s’écrivent dans la nature pour les plantes sauvages et dans les champs pour les plantes cultivées. Comme pour la grande cuisine, la qualité des ingrédients est essentielle. Les soins prodigués lors de la culture, la récolte et la préparation sont clés. Avec le terroir, ils contribuent à l’unicité de leur bouquet aromatique. Il n’y a pas de beaux parfums sans belles matières premières naturelles…

Prenons la vanille : 18 mois sont nécessaires entre la pollinisation de la fleur et son entrée en scène sur le marché. 9 mois pour l’obtention de la gousse et 9 mois soit 8 étapes pour la préparation. Une attention de tous les instants est nécessaire: une seule goutte d’humidité peut se transformer en moisissure, contaminer toute une caisse de gousses et anéantir des mois de travail.

Pour préparer la belle, il faut l’exposer au soleil puis à l’ombre pendant quelques semaines et disposer d’une gestuelle précise pour en prendre soin des mois durant. A ces rituels de préparation, un glossaire est associé : une fois les gousses préparées, elles sont « dressées » c’est à dire étirées et lissées une à une, entre les doigts, pour faciliter le « mesurage ». Elles sont ensuite mises en « bottillon » suivant une gestuelle bien précise qui exige un vrai tour de main. Puis la botte de vanille est « repassée » avec un outil en bois qui lui assure une forme impeccable. 9 mois de patience, d’attention, de soins sont nécessaires pour obtenir la gousse finale. C’est au toucher que l’on saura si elle est prête. Le secret ? La vanille doit être aussi douce  que la peau d’un bébé. C’est le signe qu’elle est prête à être transformée pour faire son entrée dans l’orgue du parfumeur. Ce savoir–faire très exigeant se transmet de génération en génération.

 

Acte 2 : entrée en scène des distillateurs et des techniciens

Certaines plantes sont distillées à la vapeur d’eau comme le patchouli et le vétiver dont on obtient une huile essentielle. D’autres sont extraites comme le jasmin ou le narcisse…on obtient alors une concrète. La distillation comme l’extraction sont réalisées sur place.

Prenons l’Ylang Ylang des Comores, elle est distillée par les paysans eux mêmes. La distillation est longue, une douzaine d’heures. Le paysan doit veiller à ce que la chaleur soit régulière, sans surchauffes passagères. Or sous ces latitudes, il arrive au paysan-distillateur de relâcher sa vigilance et l’huile essentielle présente une odeur de brûlé… Discipline et rigueur sont nécessaires.

La transformation de la concrète en absolu est réalisée chez des spécialistes, à Grasse notamment. Compte tenu du prix des produits traités, pas de droit à l’erreur pour cette opération délicate et sensible: le  jasmin exige  850 kg de fleurs pour livrer 1 kg d’absolu… L’intervention humaine n’est pas neutre, elle exige un savoir-faire certain : bien que les machines soient souvent identiques, le résultat est différent d’un producteur à l’autre, voire d’un opérateur à l’autre.

 

Acte 3: place à la création… et aux parfumeurs

Toute expertise exige un bagage de 10 000 heures de travail, les nez ne dérogent pas à la règle. Ils doivent connaître en moyenne 2000 matières premières et mémoriser de nombreux accords clés. Une dizaine d’années sont nécessaires pour former un nez sachant que dans ce type de métier de création, l’apprentissage dure en réalité une vie entière !

 

Le nez est un metteur en scène du parfum. A lui d’écrire l’histoire qu’il va raconter.

Dans sa palette d’ingrédients, il dispose comme un metteur en scène de théâtre, d’acteurs de premiers rôles, des seconds rôles et des figurants. Parmi les premiers rôles, des couples mythiques comme la rose et le patchouli, sorte de Lauren Bacall et d’ Humphrey Bogart de la parfumerie,  et des acteurs de second rôle comme les épices,  dont la présence piquante participe aussi à la signature du parfum! Quant aux ingrédients « figurants », ils jouent le rôle de faire-valoir des matières stars et sont également indispensables à l’équilibre de la structure. Tous ont un rôle précis.

Lorsqu’il imagine la création d’un nouveau parfum,  le compositeur choisit d’abord ses ingrédients stars… Il lui faut aussi opter pour une famille olfactive : la fraîcheur, une forte dominante florale ou l’opulence d’un oriental ; un type d’architecture : construction baroque ou minimaliste ; une formule longue ou courte ; un surdosage de tel ou tel ingrédient… A lui la liberté et le vertige du créateur ! Les grands parfumeurs ont comme les grands écrivains ou les peintres une signature qui les distingue, une sensibilité, une façon de traiter la matière et la composition qui est unique…

Un parfum contemporain est un savant compromis entre une création et la dose de liberté et de transgression qu’elle implique, et des tests consommateurs qui essaient d’évaluer l’acceptation par les consommateurs des différents marchés. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de recettes pour faire des succès ! Il reste dans la création des parfums comme dans toute création quelque chose d’impénétrable.

 

Acte 4 : la peau, interprète du parfum

Pour filer la métaphore, la peau est la scène de théâtre où se joue la pièce. Est ce que l’alchimie entre le parfum et votre peau va opérer ou non ? Tant que vous n’avez pas essayé un parfum sur vous, vous ne saurez pas, c’est l’expérience que vous vivrez qui fera que vous l’adopterez ou non. Ce n’est pas seulement un accessoire de mode, c’est beaucoup plus que cela. Un parfum est un miroir de votre personnalité, de votre humeur du moment, de votre unicité.  Il amplifie une part de vous, de votre aura, ce qui est invisible et pourtant perçu par ceux qui vous entourent!

Une rencontre avec un parfum c’est comme une rencontre amoureuse. Vous pouvez énoncer ce qui vous plait dans la personne qui vous attire. Puis une fois les raisons évoquées,  plus vous réfléchissez, plus les mots se font impuissants et plus vous touchez au mystère… Le parfum est comme l’amour, un monde invisible dont les frontières restent encore mystérieuses... Pour combien de temps encore ?

Par Brigitte Romagné 

 

Retour haut de page